Skip to content

«Chercher des lacunes dans ce contexte a été une grande source de motivation pour moi!»

La sécurité ne s’établit pas en vase clos: elle doit être examinée, questionnée et mise à l’épreuve. C’est pourquoi, cette année aussi, la Poste a invité des hackeuses et des hackeurs éthiques du monde entier à tester de manière ciblée son système de vote électronique. Lors du test d’intrusion public qui s’est déroulé du 6 au 24 juillet 2026, des spécialistes en informatique ont pu rechercher d’éventuelles failles. Pour la Poste, ce test de résistance public est une contribution importante visant à renforcer le vote électronique et à promouvoir la confiance dans les votations et les élections par voie numérique. Nouveauté cette année: un groupe sélectionné a pu accéder de manière approfondie au système et le tester dans des conditions inédites.

Dans l’interview suivante, le hackeur «13th» explique ce qui l’a incité à participer au test d’intrusion sur le système de vote électronique, quelles lacunes il a trouvées et ce que le piratage éthique signifie pour lui en termes de confiance dans la démocratie numérique.

Photo d’en haut montrant un homme avec un ordinateur portable sur un fauteuil. À côté se trouvent des symboles virtuels représentant des cadenas.

Qu’est-ce qui vous a personnellement incité à passer au crible le système de vote électronique de la Poste?

Une spécification complète, un code source ouvert et un environnement live: dans le test d’intrusion sur le système de vote électronique de la Poste, tout est disponible simultanément. C’est une combinaison rare, qui transforme la spécification en une sorte de référence de sécurité. En effet, au lieu de deviner quel comportement est envisagé, on compare les caractéristiques définies du protocole avec la mise en œuvre dans le code source et dans l’environnement live. «Chercher des lacunes dans ce contexte a été une grande source de motivation pour moi!»

En tant que hackeur éthique, comment se prépare-t-on à tester un système aussi sensible qu’une urne numérique?

Je ne travaille pas de façon isolée sur un ordinateur. Mon travail est basé sur un système d’agents IA avec plus de 25 rôles spécialisés permanents. Il s’agit d’une approche inédite en matière d’analyses de sécurité, dans le cadre de laquelle je fais travailler des rôles spécialisés indépendamment les uns des autres. Les phases dites «à l’aveugle» permettent d’abord d’élaborer des conclusions séparées afin d’éviter la pensée de groupe et les effets d’ancrage. Ce qui est déterminant, ce n’est pas le nombre d’agents impliqués, mais le recours à un modèle rigoureux, qui examine chaque hypothèse à l’aide de preuves compréhensibles et procède à une vérification reproductible. Pour l’analyse du système de vote électronique de la Poste, plus de 214 000 lignes de code ont ainsi été examinées de façon systématique et, avant même le lancement du test d’intrusion public, des hypothèses concrètes ont été formulées, puis ont été confirmées ou infirmées de manière ciblée dans l’environnement live.

Quelle est la différence entre le piratage d’un système de vote électronique et d’autres programmes de sécurité ou programmes bug bounty?

La différence principale réside dans le fait que la sécurité repose ici sur plusieurs composants et dépend du temps. Il ne suffit donc pas de générer une réponse inhabituelle de la part du serveur. Trois preuves doivent être fournies séparément: l’erreur existe dans le code source, elle est reproductible dans l’environnement live et elle s’applique également dans des conditions réelles de vote. C’est justement pour cette raison que de nombreuses hypothèses ont été sciemment écartées lors du test d’intrusion public, après que des analyses supplémentaires ont permis d’en réfuter les effets.

Pendant vos tests, y a-t-il eu un moment spécifique où vous avez pensé: «Ça pourrait devenir intéressant maintenant»?

Il y a eu un moment particulièrement intéressant lorsqu’une demande de test modifiée de manière ciblée a influencé le déroulement normal d’une deuxième carte d’électeur indépendante. Même si cette situation n’a eu aucun impact sur les votes ou les résultats électoraux, cela a montré que certains effets peuvent dépasser le contexte initial. J’y ai vu un signal important, qui m’a incité à examiner de plus près les interactions sous-jacentes.

La Poste invite délibérément les hackeuses et les hackeurs à rechercher des failles. Pourquoi cela peut-il rendre un système plus sûr?

Les spécialistes externes abordent un système avec une autre approche que les personnes impliquées dans le développement. Il est intéressant de noter que, dans notre travail aussi, les résultats n’apparaissent pas forcément là où l’hypothèse initiale le laissait supposer, mais ailleurs. Autre point important: il ne s’agit pas seulement de corriger des erreurs. Les améliorations qui permettent une rectification ou une concrétisation de la spécification sont également utiles, car elles simplifient le contrôle public ultérieur. J’ai moi-même soumis une telle amélioration, que l’équipe du vote électronique a désormais intégrée dans la description du système. Le fait que des failles soient identifiées dans le cadre d’un test public ne signifie pas qu’un système soit peu sûr. Ce qui est déterminant, c’est la capacité d’une organisation à accepter de telles failles et à les traduire en améliorations concrètes.

Votre participation au test d’intrusion a-t-elle modifié votre confiance dans le vote électronique? Si oui, comment?

Je pense que le test d’intrusion public, et en particulier l’environnement de test élargi, montrent qu’un contrôle externe continu est nécessaire pour un système complexe tel que le vote électronique. En effet, dans un système complexe, des angles morts peuvent apparaître, par exemple au niveau des interfaces entre l’application, l’infrastructure et la spécification. Selon moi, les tests publics sont donc essentiels pour instaurer la confiance dans la démocratie numérique: il ne faut pas promettre une sécurité absolue, mais mettre en évidence la volonté d’accepter de vrais résultats émanant de tests publics et d’améliorer le système en conséquence.

Que retenez-vous personnellement de ce test, sur le plan technique mais aussi en termes de démocratie numérique?

Dans la configuration élargie du test d’intrusion, j’ai pu soumettre quinze rapports, dont une faille de degré de gravité moyen et deux bonnes pratiques («degré de gravité faible») ont été confirmés. Pour moi, le test a aussi permis d’évaluer ma méthodologie, qui repose sur l’intervention de différents agents. La conclusion la plus importante du point de vue social est la suivante: il est essentiel de mener des tests fiables pour instaurer une vraie confiance – les explications ne suffisent pas. Le contrôle public permet de maîtriser les risques et de renforcer la fiabilité du vote électronique.

 Le rapport final du test d’intrusion public 2026 peut être consulté sur gitlab.com.

S’abonner au blog

Inscrivez-vous à notre Blog numérique de la Poste suisse et recevez régulièrement des mises à jour sur nos derniers articles de blog, avis d’experts et tendances dans la branche.